Notre expertise en photogrammétrie sous-marine nous permet de contribuer à des projets de documentation scientifique, d’archéologie et de valorisation du patrimoine maritime. À ce jour, 15 épaves ont ainsi été modélisées en 3D par nos équipes, parmi lesquelles plusieurs sites emblématiques de la Méditerranée. En voici quelques unes.
Le Donator (Parc National de Port-Cros, Hyères)
Le Donator (ou Prosper Schiaffino) est un ancien cargo successivement transporteur de bananes puis de vin, coulé par une mine le 10 novembre 1945. C’est aujourd’hui une des épaves les plus célèbres de Méditerranée. Cette dernière abrite une faune luxuriante faisant sa réputation auprès des plongeurs. Le relevé du Donator (-50 m) couvre une longueur d’environ 100 m pour une largeur d’environ 15 m. Environ 60 000 photographies ont été réalisées grâce au système KARKAM et ont été traitées sur le logiciel Agrisoft Metashape. La réalisation du modèle 3D de cette épave nous a permis de développer une méthodologie adaptée au relevé d’objets complexes, présentant notamment une architecture importante et des reliefs marqués. La réalisation du relevé en pleine eau et à cette profondeur a également nécessité d’adapter nos procédures de plongée, de la planification du parcours au choix des méthodes de secours. Le déplacement des plongeurs et l’acquisition des photographies ont notamment été optimisés grâce à l’utilisation de scooters sous-marins.
L’Arroyo (Cap Sicié, Six-Fours-les-Plages)
L’Arroyo était un bateau-citerne de la Marine Nationale française dont le rôle était de ravitailler les navires en eau. Ce navire de 680 tonneaux et de 55 mètres de long a servi de 1921 à 1953, date à la quelle il est coulé près des rochers des deux frères au large du cap Sicié par le GERS afin de servir de site d’entraînement pour la Marine Nationale. Cette épave gît aujourd’hui sur 36 mètres de fond. Elle s’est cassée en deux parties sur une roche près de la proue. L’épave s’élève jusqu’à une vingtaine de mètres de profondeur. Le relevé de l’Arroyo (-35 m) couvre une longueur d’environ 70 m pour une largeur d’environ 20 m.
Le Ker-Bihan (Marseille)

Le Ker-Bihan était un chalutier à vapeur de 33 m de long. En 1914, en pleine 1ère Guerre Mondiale, il est réquisitionné et est transformé en dragueur de mines. Le 23 janvier 1918 le navire saute sur une mine déposé dans la baie de Marseille par le sous-marin allemand U.C. 67, mouilleur de mines. La déflagration pulvérise sa poupe, on dénombrera 14 victimes. A noté que le Ker-Bihan a coulé le même jour que la Drôme située seulement à quelques « encablures » de celle-ci par 55 m de fond.Le relevé du Ker Bihan (-60 m) couvre une longueur de 33 m pour une largeur d’environ 10 m. La profondeur de l’épave (-60 m) a nécessité l’emploi de recycleurs (CCR) pour y accéder en scaphandre autonome. L’acquisition des données a été réalisée en 10 plongées avec un D700 ainsi que deux flashes externes. Environ 8000 photographies ont été réalisées. Le traitement des images et la reconstitution 3D ont été effectuées sur une machine dédiée sur une durée totale de 7 jours. Cela a permis d’archiver l’état de l’épave à un temps donné (en mai-juin 2020) ainsi pourra permettre de suivre l’évolution de sa colonisation par la faune fixée dans le temps.
Le Liban (Marseille)
Le Liban était un paquebot de 91 m de long qui a coulé le 7 juin 1903 au sud de l’île Maïre à l’entrée est de la baie de Marseille, emportant avec lui une centaine de victime. Il a sombré à la suite d’une collision avec un autre navire, alors qu’il se rendait en Corse. Reposant entre 28 et 35 mètres de profondeur, cette épave suscite aujourd’hui de nombreuses plongées-loisir. L’épave fait aujourd’hui l’objet du programme national de recherche « Save Our Shipwreck » porté conjointement par le CEA, le CNRS, l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, le DRASSM et la société A-CORROS, et qui vise à établir une méthodologie de sauvegarde des épaves métalliques le long des côtes françaises.
Le relevé du Liban (-35 m) couvre une longueur de 92 m pour une largeur d’environ 10 m. L’acquisition des données a été réalisée en 10 plongées avec un D700 ainsi que deux flashes externes. Le traitement des images et la modélisation 3D ont été effectuées avec Metashape. Les résultats se présentent sous la forme de nuages de points 3D et d’un maillage 3D tous deux de précision millimétrique. La réalisation du modèle de cette épave nous a permis de déterminer une méthodologie adapté au relevé 3D d’objets couvrant une surface importante. Cette épave est localisée près d’un site que nous avons modélisé intégralement : les Pharillons.
Environ 18 000 photographies ont été réalisées. Le traitement des images et la reconstitution 3D ont été effectués sur une machine dédiée sur une durée totale de 7 jours. Les résultats se présentent sous la forme de nuages de points 3D et d’un maillage 3D tous deux de précision millimétrique. Cela a permis d’archiver l’état de l’épave à un temps donné (en mai-juin 2020) ce qui permettra de suivre l’évolution de sa colonisation par la faune fixée dans le temps. La réalisation du modèle de cette épave nous a permis de déterminer une méthodologie adaptée au relevé 3D d’objets complexes (complexité architecturale, élévation) avec la problématique de la plongée en milieu ouvert (plongée en pleine eau) et à cette profondeur. Nous avons adapté nos procédures de plongée (planification et choix des méthodes secours, couplage du relevé photo avec le déplacement des plongeurs via l’utilisation des scooters).
Le Messerschmitt Bf 109 (Parc national des Calanques, Marseille)
L’épave du Messerchmitt (-45 m de profondeur) a coulé en 1944 près du Planier. Ce modèle détaillé nous a entre autres servi de référence pour définir les paramètres de prises de vue nécessaires à la précision de nos modèles en 2016. La photogrammétrie de cette épave est issue d’une collaboration entre le LIS (Laboratoire d’Informatique des des Systèmes, UMR CNRS 7020) et Septentrion Environnement.
L’Anémone (Les Saintes, Guadeloupe)
Le site de l’épave identifiée de nos jours comme l’Anémone a été repéré en 1990 par C. Édouard. Après une expertise du DRASSM en 2002, une opération de sondage archéologique en 2015 puis de fouille programmée annuelle en 2016, ont permis de relocaliser l’épave et d’apporter des éléments probants d’identification du site (artillerie, mobilier archéologique, caractéristique de construction navale). Ces premières opérations ont confirmé les recherches en archives faisant état de la présence et du naufrage de l’Anémone, une goélette de la Marine royale à la Guadeloupe et aux Saintes au cours de l’hivernage 1824. Construite à Bayonne en 1823 l’Anémone sert au cours de la guerre d’Espagne puis est envoyée aux Antilles pour servir de navire du domaine. Elle est armée de deux caronades de calibre de 12 de type 1818, une trentaine d’hommes composent son équipage sous le commandement de Louis Guillotin. À la Guadeloupe elle participe à différentes missions dont le contrôle des côtes et la lutte contre le commerce illégal d’esclaves interdit en théorie depuis 1817.
La photogrammétrie a permis de suivre l’évolution du chantier archéologique de l’Anémone, une goélette du XIXème siècle. La couverture photogrammétrique a été réalisée en 2017, 2018 et 2019 par O. Bianchimani et Pierre Drap avec le relevé des sondages et leur calage progressif. Enfin la dernière phase d’échantillonnage des structures de l’épave a permis de finaliser l’étude xylologique. Afin de suivre l’évolution de la fouille d’un point de vue qualitatif et quantitatif, 4 relevés ont été organisés servant tout à la fois à archiver les différents états de l’épave durant la fouille, à évaluer les changements du site dans le temps et servant aussi de support à l’analyse archéologique. L’ensemble des relevés sont exprimés dans le même système de référence et mis à l’échelle indépendamment. Les mises à l’échelle et la permanence du système de référence ont été obtenus en comparant la dimension des barres des quadrats (2.944 m) avec les dimensions relevées. Selon l’étendue des zones relevées l’exactitude varie 1 mm à 1 cm. Par ailleurs, des mires de contrôle de mise à l’échelle ont été disposées sur chaque relevé.
Le Saint-Antoine
Le Grand Saint-Antoine est tristement connu pour avoir apporté la peste à Marseille en 1720, entraînant une épidémie dévastatrice décimant la moitié de la population de la ville et plus de 100 000 morts dans toute la Provence. C’est en mai 1720 que le Grand Saint-Antoine arrive aux îles du Frioul chargé de précieuses étoffes venues du Proche-Orient. A bord, plusieurs marins sont déjà morts ou gravement malades durant la traversée, un signe inquiétant qui aurait dû déclencher une quarantaine stricte. Mais l’influence des propriétaires du navire donne lieu à diverses manipulations et permet d’obtenir des passe droits. La cargaison d’étoffes, à la valeur considérable, est alors déchargée aux infirmeries du port de Marseille. Une décision lourde de conséquences car c’est par ces tissus contaminés et débarqués sur le territoire que les premiers cas de peste seraient apparus dans la ville. L’été 1720 se transforme en véritable cauchemar à Marseille : pendant un mois, plus de 1000 morts par jours sont recensés. En cas de peste avérée, les navires suspects sont envoyés à l’île Jarre, dans l’archipel de Riou. C’est là que le Grand Saint-Antoine est brûlé puis coulé, en septembre 1720, pour tenter de stopper, bien trop tard, la propagation. L’épave, dont il ne reste qu’une partie de la coque en bois, est retrouvée en 1978, calcinée et fragilisée, entre 10 et 18 m de profondeur au nord de l’île Jarre par une association de plongée. Elle sera fouillée pour la première fois de 1980 à 1984 par Michel Goury et son équipe de l’association ARHA.
Cette année, sous la direction de l’archéologue Luc Long, et avec le soutien scientifique du DRASSM, de nouvelles fouilles ont été entreprises pour connaître les derniers secrets du navire. Elles visent plus particulièrement à confirmer formellement l’identité du navire, sa période de construction et sa provenance, encore incertaines malgré les fortes présomptions historiques. Il s’agit donc de décrypter son architecture navale, ou encore d’analyser en laboratoire des morceaux de restes de bois du navire, des fragments de céramiques et des restes de cendres prélevés. Parce qu’un site archéologique est fragile et évolue à chaque intervention, la photogrammétrie s’impose comme un outil de référence pour documenter et analyser précisément un site, garantissant une base de travail neutre et non intrusive. Sur ce chantier particulièrement, la photogrammétrie permet d’obtenir des mesures précises et fiables afin de les comparer avec les signatures architecturales de chantiers de construction du XVIIe siècle ou encore de tester virtuellement des modèles numériques de restitution de la forme originale du navire (environ 37 m). Ce modèle numérique, complété par d’autres informations scientifiques et archivistiques, permettra à terme, grâce aux procédés de la réalité virtuelle augmentée, de reconstituer la forme complète du navire.
Le Saumur

Construit en 1920, ce cargo est l’une des plus imposantes et plus emblématiques épaves au large de Port-Vendres avec près de 100 m de long pour 13,5 m de large. À l’origine, le Saumur est un navire français de charge conçu pour acheminer du charbon pour le compte de la Compagnie des Chemins de Fer. Après avoir navigué sur les routes coloniales durant les années 1930, il est mobilisé par la Marine nationale française dès le début du conflit en 1939. À partir de 1942, suite aux accords de collaboration passés par le régime de Vichy, le navire est transféré aux puissances occupantes pour soutenir leur logistique et assurer le ravitaillement militaire en Méditerranée. Alors qu’il navigue chargé de minerai de fer, le Saumur est repéré au large de Port-Vendres par le sous-marin britannique HMS Upstart. Deux torpilles percutent violemment le flanc tribord. Le navire, lourdement chargé, sombre rapidement pour s’immobiliser droit sur sa quille à 45 m de profondeur. Aujourd’hui, les impacts sont encore nettement visibles sur la structure. Au large de Port-Vendres, les équipes de Septentrion Environnement ont dû composer avec un environnement particulièrement complexe, marqué par une très forte turbidité et des courants parfois violents. Dans cette eau chargée en particules, la visibilité excède rarement les 2 ou 3 m, imposant aux plongeurs une navigation au plus près de la coque. Pour couvrir l’intégralité des 100 m de l’épave, 11immersions ont été nécessaires. Chaque immersion a fait l’objet d’une planification millimétrée, pour garantir la sécurité des plongeurs et le recouvrement photographique optimal pour la reconstruction par photogrammétrie. Plus de 42000 images ont traitées grâce au logiciel Agisoft Metashape pour obtenir la précision du modèle 3D. Le modèle 3D offre une vue détaillée des structures du Saumur. On peut observer les cales, le gaillard d’avant, et découvrir des éléments du quotidien restés en place, comme une baignoire qui est d’ailleurs un des éléments préférés des plongeurs qui s’aventurent à la découverte de l’épave.



